A propos des Contrepoints de vues

 

L’instabilité du regard, enrichir la perception.

La présence au lieu est une présence au monde, c’est le début de l’émerveillement. Un lieu anodin n’est pas un non-lieu, c’est un espace moins remarquable qui n’est pas sans existence. Il faut le fréquenter avec attention et disponibilité ; ou peut-être trouver le moyen de l’objectiver pour que la vitalité du végétal, la force souterraine du sol ou le vagabondage de son indéfinité provoquent la rencontre fortuite qui aidera à relier l’intérieur à l’extérieur.
En tout lieu, le jeu entre espaces et volumes peut se révéler avec douceur ou énergie. Il suffit parfois de quelques pas et de choisir quelques points de vues légèrement différents pour s’en rendre compte Un seul point de vue photographique aurait pu suffire. Avec deux vues on pourrait craindre le bavardage. Il faudrait plutôt y voir deux phrases d’une même mélodie pour décrire le même objet. Avec deux vues différentes d’un même endroit, l’observateur peut percevoir les effets du déplacement qui enrichit l’expérience du lieux. Accepter deux vues différentes c’est accepter une sorte d’instabilité du regard qui enrichit la perception.
L’une des deux photos montrent souvent l’endroit d’où l’autre vue a été prise. Cela implique un cheminement hésitant. Parfois c’est juste un aller retour (champ contre-champ) ou bien un “avançons un peu plus“. Presque toujours on peut reconnaître un détail qui nous rappelle que c’est bien le même lieu. Par rapport à la réalité ces images ne sont qu’une représentation parcellaire. Mais n’est ce pas justement le propre de la pratique photographique que de choisir des fragments pour en faire des ensembles parfois imaginaires ?
JBB