Mythologiques aux bidons

Portraits masqués imaginaires

 

 

Déjà visitée et revisitée depuis des millénaires, l’Odyssée est une quête identitaire ; une soif d’individuation a la dimension d’universaux. Egarement d’un archipel à l’autre, c’est un discours qui porte un projet de fidélité individuelle, de mémoire, un lien de narratif à soi même. C’est une mythologie, la conter par le biais d’une allégorie doublement masquée, c’est aussi une manière de l’exempter de toutes pensée obtus, de l’ouvrir à la liberté des potentiels que chacun pourra et voudra y investir.

Les masques que nous avons mis en scène n’en sont pas, ils ne sont que des récipients manufacturés, des bidons. Ils ont servi à transporter des liquides industriels ou au mieux de l’eau. Le détournement du  bidon plastique en masque a été médiatisé par plusieurs artistes (R. Hazoumé , S. Attukwei …) ; les faires porter par des modèles est une tentative d’incarnation dans une délocalisation temporelle (hors classique et hors contemporanéité), une recherche de sens par delà l’absurdité de leur origine moderne. Leurs formes  austères les rapprochent des masques sacrés ou rituels. Leur allure massive semble leur conférer profondeur et souveraineté. Participent-ils à une surréalité sous-tendant l’univers ? Archétypes paradoxaux, issus d’une grossière plasturgie, ils évoquent une puissance invisible au quotidien.

Tout masque est un outil de médiation entre la réalité et le surnaturel ou le divin. Dans le théâtre antique c’est le masque porte-voix, à la bouche ouverte, qui donne une identité à l’acteur. Qui parle derrière le masque ? L’humain ou le surhumain ?

Leurs bouches ouvertes expriment-elle une sidération d’émerveillement ou une stupeur d’effroi.  Nous regardent-ils ? Que voient-ils ?  Leurs regards se seraient-il perdus dans les abîmes ou bien est-ce la Gorgone qui leur a confisqué les yeux. Devant une telle “apostrophe” se sont nos yeux égarés qui cherchent leurs regards d’Orixa à l’insaisissable puissance …

JB Barret